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Interview de Jean-François Lapointe par Xavier Barnich pour Eurasian Finance
 

Monsieur Jean-François Lapointe interprétait il y a quelques mois encore Zurga, dans « Les Pêcheurs de Perles » de Bizet. European Finance a eu l’occasion et l’honneur de l’interviewer.

Monsieur Lapointe, merci d’avoir accepté de nous recevoir. Tout d’abord, pensez-vous avoir été destiné depuis toujours à une carrière artistique musicale ? Comment s’est opéré le développement de votre sensibilité en la matière ?

Mon goût pour la musique, et plus spécifiquement pour le chant, me vient de ma tendre enfance. Aussi loin que je me souvienne, je chantais toujours. Dans ma famille on chantait. Mon père avait une fort jolie voix de ténor, et faisait une petite carrière en amateur. Il chantait à l’Église et avec diverses formations chorales. Il fut donc naturel pour moi de suivre cette voie. Je commençai l’étude du piano et du violon très tôt. À neuf ans, j’étais au conservatoire de ma ville – Chicoutimi au Québec –. Je continuerai mes études de piano durant 13 ans, instrument qui sera donc mon principal moyen d’expression musicale, au milieu d’études du violon, de la contrebasse, de la direction d’orchestre et, bien sûr, du chant que je commencerai à l’age de seize ans. Je pris rapidement de l’expérience en chant. J’avais seize ans lorsque je fus engagé pour chanter pour la première fois comme soliste avec un orchestre symphonique. Les expériences de scène suivirent ainsi que les concours nationaux et internationaux. À vingt-deux ans, je commençais déjà ma carrière internationale, ce qui est très jeune pour un baryton. Outre, bien sûr, mon désir viscéral de devenir chanteur, je dois une reconnaissance infini à mes parents qui, très tôt, on détecté mon talent pour la musique et l’on développé par de sérieuses études. Je suis la somme de mes expériences diverses et variées, et je dois beaucoup à ceux qui m’ont fait.

Bien que vous soyez connu en tant que baryton, vous avez dans un premier temps abordé la musique par le piano et le violon. Qu’est ce qui vous a amené à changer ainsi de discipline ?

Je ne pense pas avoir jamais changé de discipline. Je m’explique : tout d’abord à six ans on est trop jeune pour étudier le chant – de façon sérieuse j’entends –. Avec le piano, le développement musical, pour peu qu’il y ait du talent et du travail, est assuré dans son ensemble, mélodique, harmonique et rythmique. Ensuite viennent les notions d’histoire, les cours théoriques, de solfège et de dictée et enfin les cours d’écriture, harmonie et contrepoint. Lorsqu’on est jeune et discipliné, tout cela se fait naturellement. J’aurais voulu tout faire. En fait, très jeune, j’avais une autre passion qui était la direction d’orchestre. Toute ma formation était en ce sens. Si mon talent de chanteur ne s’était pas imposé avec cette force, je dirigerais aujourd’hui beaucoup plus. C’est d’ailleurs aujourd’hui mon objectif. Tout en continuant ma carrière de chanteur, je veux diriger. Depuis une dizaine d’années, je dirige une à deux productions par an. J’aspire à plus. C’est le rêve et le défi qui m’attendent. Je ne quitte pas mes disciplines musicales, elles m’entraînent ailleurs, vers de nouveaux sommets. Mais je les porte toujours en moi.

On vous cite également comme exception, car votre implication dans les arts lyriques comporte bien évidemment vos rôles de baryton, mais aussi un investissement dans le côté administratif, par exemple, en assumant le rôle de directeur artistique. Doit-on y voir une conscience plénière de tous les éléments constitutifs d’un bon spectacle ? Quelles doivent être, pour vous, les différentes qualités de ces professions ?

Tout m’intéresse. C’est vrai. Je veux dire par la que tout ce qui constitue un spectacle m’intéresse. Très tôt dans ma vie, j’ai produit des concerts. C’était au départ par besoin, par nécessité, pour chanter le plus souvent possible, pour prendre de l’expérience. Mais vite, j’y ai pris goût. Je me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de satisfaction à produire un concert. Au fil des ans je suis devenu directeur de divers organismes, je me suis intéressé à l’aspect financier, publicitaire, à la gestion du personnel. Il me semble même que tout artiste devrait un jour produire un spectacle, ne serait-ce que pour mieux apprécier la chance d’aller sur scène sans le stresse du producteur, reconnaître que d’autres nous permettent de vivre notre passion de musicien. Oui, pour moi l’univers de spectacle est un tout. C’est important de comprendre pourquoi et comment les choses se font, et de ne pas se croire le centre du monde. Beaucoup de gens gravitent autours d’un spectacle. Tous sont essentiels et méritent le respect et la reconnaissance.

Pouvez-vous dire à notre public européen si la perception des arts lyriques varie entre le Québec et le Vieux Continent ?

Il est certain que l’Europe est forte d’une longue tradition d’Art Lyrique en général. La diffusion est facile. C’est un avantage sans contredit. Au Québec tout est à faire et à refaire toujours. Le public est là et heureux d’y être mais la diffusion est fragile. Les fonds nécessaires aux productions sont insuffisants et difficiles à trouver. Ce qui a toujours manqué cruellement au Québec c’est une volonté politique. Je suis certain que s’il fallait trouver les fonds pour la création d’un opéra en Europe sans le secours de l’état, les théâtres fermeraient. Mais si on exclut ce handicap, le public reste essentiellement le même, au Québec globalement moins cultivé aux arts de la scène, mais passionné et ne désirant qu’être touché par de bons artistes

De part et d’autre de l’Atlantique, on joue le même répertoire classique. Mais qu’en est-il des artistes ? Pensez-vous que les artistes canadiens soient suffisamment reconnus hors de vos frontières ?

Question difficile ! Les artistes canadiens – et plus spécifiquement québécois – n’ont pas le choix de s’expatrier pour vivre de leur art. Le Québec a toujours été un grand producteur de voix – c’est aussi vrai pour la variété –. Par contre, contrairement à la variété, le marché québécois n’est pas très grand pour le lyrique. À Montréal, avec un bassin de population de trois millions d’habitants, L’Opéra ne fait que quatre productions par ans. L’Opéra de Québec ne fait de son côté que deux productions. Tout cela est bien peu au regard de l’Europe. C’est un peu mieux pour le symphonique, mais il faut convenir que six productions d’opéra pour l’ensemble du Québec, ce n’est pas de nature à faire vivre une communauté d’artistes lyriques. Pour ma part, le problème est davantage d’être reconnu dans mon pays. Je n’y chante pratiquement jamais. Donc, je n’existe pas beaucoup dans mon milieu. C’est triste et j’aimerais que se soit différent. Un artiste à besoin de se sentir reconnu par les siens. Après vingt-cinq ans de carrière, je l’espère encore.

On ne peut raisonnablement mener une carrière artistique sans contribuer à un idéal esthétique. Comment lisez-vous vos vingt-cinq ans de carrière ? Avez-vous rencontré ce que vous attendiez du monde artistique ?

Dès mes débuts comme chanteur, je me suis intéressé au répertoire français, à son style et à son esthétique propre. Je ne voulais pas en faire une exclusivité mais bien une spécialité. Il était important pour moi d’aller le plus loin possible dans la connaissance et la maîtrise de ce répertoire. Je pense avoir réussi à m’imposer dans ce répertoire et peut-être même contribué modestement à sa diffusion et son évolution. Rien n’est acquis. Je veux continuer à chercher, à creuser encore et toujours pour mieux trouver des solutions entre style, tradition et modernité. Je veux étudier de nouvelles partitions pour les faire découvrir à un public avide de nouveauté – même ancienne –. Je pense aussi pouvoir transmettre aux jeunes chanteurs le fruit de mes recherches et de mon expérience. C’est aussi l’un de mes buts car les jeunes chanteurs sont l’avenir de l’art lyrique.

On vous connaît souvent par les nombreuses représentations de Pelléas que vous avez réalisées. Mais y a-t-il d’autres rôles que vous avez fait vivre que vous aimeriez voir mieux mis en évidence ?


Jean-François Lapointe est Valentin dans Faust (Olivier Arnoux)
Il y a un autre rôle que j’adore et que je n’ai eu l’occasion de faire que dans trois productions c’est « Hamlet » de A. Thomas. Cet opéra est malheureusement méconnu. C’est un ouvrage simplement fantastique et j’aimerai pouvoir le chanter encore. Pour ce qui est des autres rôles français qui ont marqué ma carrière il y a bien sûr Valentin dans « Faust » de Gounod, Lescaut dans « Manon » de Massenet, Mercutio dans « Roméo et Juliette » de Gounod, Escamillo dans « Carmen » de Bizet, Chorèbe dans « Les Troyens » de Berlioz, Albert dans « Werther » de Massenet. Je viens de chanter mon premier Zurga dans « Les Pêcheurs de Perles » de Bizet, et j’espère le refaire. Cela convient parfaitement à ma voix d’aujourd’hui.

Dans votre carrière, vous avez été interprète dans l’opéra comme l’opérette. Pensez-vous que l’opérette mérite le demi-dédain qui l’accueille bien souvent ?

Bien sûr que non. L’opérette est un merveilleux genre qui ne supporte pas la médiocrité. C’est son plus grand problème. On ne peut pas faire une opérette à moitié. Trop souvent, on n’a pas de moyens suffisants pour respecter son esthétisme propre. Sous prétexte que l’esprit est léger on la malmène honteusement. Pour réussir une opérette, il faut d’abord de bons artistes, bons chanteurs, bons comédiens, sachant dire un texte – ce qui est rare –, et très souvent sachant danser – ce qui est encore plus rare –. Il faut de merveilleux décors et costumes. Enfin c’est un genre qu’il faudrait dépoussiérer mais avec le plus grand respect. J’ai vu, trop de ces metteurs en scènes qui veulent tout révolutionner en ne respectant rien. Je rêve d’une révolution « Opérettes françaises » avec moyens et bon goût. J’en serais !

Quelle est votre opinion sur la création d’opéras à notre époque ? Est-ce que l’on donne suffisamment de place aux nouvelles créations, à votre goût ?

Il n’y a jamais assez de création à mon goût. Malgré que je ne sois pas très attiré par l’esthétique contemporaine, je la respecte et voudrais la défendre. Je m’interroge souvent sur la manie actuelle de déplacer l’action des opéras traditionnels et de vouloir à tout prix traiter de sujet contemporain avec des œuvres du XIXe siècle. Après avoir constaté que trop d’éléments ne fonctionnent pas j’en viens immanquablement à la même conclusion : pourquoi ne pas traiter de sujet contemporain dans des créations d’aujourd’hui ? Le problème sera toujours financier et politique. Il faudrait trouver une solution.

Décelez-vous un mouvement de vulgarisation de l’opéra ? Par exemple, quelle est votre position par rapport à l’évolution de la présentation scénique de l’opéra, ou de la présence de sur-titres pour le public..?


Jean-François Lapointe en Pelleas
L’opéra est plus accessible que jamais. Il n’est cependant pas plus populaire. Tout ce qui peut aider le public est une bonne chose. Je pense toutefois qu’il faudrait plus de diffusion télévisuelle et que l’opéra sorte plus de ses théâtres traditionnels. À mon avis on ne se sert pas assez de la technologie pour les décors et éclairage. On est encore trop conventionnels et trop timides dans notre évolution. Je ne cautionne toutefois pas ce que j’appellerai les excès de metteurs en scène. Sans m’étendre sur le sujet je dirai que la modernité n’est pas là. Bien sûr il faut une vraie relecture avec un jeu contemporain en phase avec notre monde. La modernité doit être dans le traitement visuel avec un respect de l’œuvre et de son esthétique. Ce n’est pas en se versant dans la vulgarité qu’on touche d’avantage le spectateur. Encore là, bon goût, audace et respect doivent être au rendez-vous. C’est un équilibre difficile mais pourtant essentiel. Il m’importe énormément. C’est tout l’avenir et le défi de cet art plusieurs fois centenaire. J’espère ne jamais en voir la fin. L’Opéra, c’est la plus belle expression possible. Il faut faire en sorte d’être digne de sa grandeur

Interview menée par Xavier Barnich - 2009
 
         
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